Le point que la plupart des comparatifs ont manqué
Pendant vingt ans, la réponse était simple : la crèche coûtait moins cher, parce que son tarif suivait les revenus alors que l'assistante maternelle se payait à l'heure. Ce n'est plus vrai depuis le 1er septembre 2025.
La réforme du CMG a repris pour l'accueil individuel le barème de taux d'effort déjà utilisé par les crèches financées par la prestation de service unique : 0,0619 % des ressources mensuelles par heure pour un enfant à charge, 0,0516 % pour deux, et ainsi de suite. Les deux modes d'accueil partagent donc la même formule. Quand vous rémunérez au coût horaire de référence fixé par l'État — 4,91 € au 1er avril 2026 — votre reste à charge est équivalent à celui d'une place en crèche. C'était l'objectif affiché de la réforme.
Ce qui fait vraiment varier la facture
En crèche, vous ne négociez rien : le tarif horaire découle du barème national de la CNAF appliqué à vos ressources, repas et couches compris. Vous connaissez le montant d'avance et il ne dépend d'aucun accord local.
Chez une assistante maternelle, le tarif se négocie. C'est là que tout se joue, car le CMG se calcule sur le coût réel : plus vous rémunérez au-dessus du coût de référence, plus votre participation augmente. Et au-delà de 8,09 € de l'heure, salaire et indemnités comprises, la part qui dépasse reste entièrement à votre charge, cotisations incluses. En zone tendue, où les tarifs pratiqués dépassent souvent le référentiel national, c'est ce qui creuse l'écart avec la crèche.
Deux éléments complètent le calcul, et jouent en faveur de l'accueil individuel. Les cotisations sociales sont prises en charge à 100 % par la CAF ou la MSA dans la limite du plafond horaire. Et le crédit d'impôt de 50 % s'applique aux deux modes d'accueil, mais sur une base réduite : les frais de repas sont exclus et l'indemnité d'entretien n'est retenue qu'à hauteur de 2,65 € par journée. Le détail figure dans notre article sur le coût réel d'une assistante maternelle, et le calcul complet de l'aide dans celui sur le CMG.
La vraie contrainte n'est pas le prix, c'est la place
Les chiffres de l'Observatoire national de la petite enfance donnent la mesure du problème. Le taux de couverture national s'établit à 60,9 places pour 100 enfants de moins de trois ans, tous modes d'accueil formels confondus. Ce chiffre compte des places, pas des enfants sans solution : une partie des familles fait le choix de garder son enfant, et l'Onape rappelle que près de six enfants sur dix de cette tranche d'âge sont gardés par leurs parents ou un proche. Il n'en reste pas moins que l'offre est tendue, et très inégalement répartie selon les territoires.
Les assistantes maternelles restent l'offre principale, avec environ la moitié des places d'accueil formel. Mais elles étaient 218 000 à accueillir un enfant de moins de trois ans en 2024, et le nombre de places recule de 4,1 % en un an, du fait de la baisse des effectifs. Les départs à la retraite à venir vont accentuer le mouvement. Côté collectif, l'offre progresse, mais surtout grâce aux micro-crèches privées, dont les tarifs obéissent à d'autres règles que celles des crèches PSU.
En pratique, la question « lequel choisir » se pose rarement dans l'absolu. Elle se pose entre la place que vous avez obtenue et celle que vous espérez encore. D'où le conseil le plus utile : engagez les deux démarches en parallèle dès le début de la grossesse, inscription en crèche auprès de votre commune et prise de contact avec les assistantes maternelles disponibles via le relais petite enfance.
Ce qui distingue réellement les deux au quotidien
- Les horaires. La crèche ouvre et ferme à heure fixe, souvent de 7 h 30 à 18 h 30. L'assistante maternelle négocie ses horaires au contrat et peut couvrir des journées plus longues ou décalées.
- La continuité. En crèche, l'absence d'un professionnel est absorbée par l'équipe. Chez une assistante maternelle, sa maladie ou ses congés vous laissent sans solution : il faut prévoir un relais.
- Le groupe. Quatre enfants au maximum chez une assistante maternelle, contre plusieurs dizaines en crèche. Cadre plus calme d'un côté, stimulation par les pairs de l'autre.
- L'âge d'entrée. Beaucoup de crèches n'accueillent qu'à partir de deux mois et demi ou trois mois, là où l'accueil individuel s'adapte plus souplement à un tout-petit.
- Le statut. En crèche, vous êtes usager. Avec une assistante maternelle, vous devenez employeur — et c'est la différence la plus sous-estimée.
Devenir employeur : ce que ça implique vraiment
C'est le point que les comparatifs réduisent à une ligne, alors qu'il structure tout le reste. Choisir une assistante maternelle, c'est rédiger un contrat de travail, calculer une mensualisation, déclarer chaque mois sur Pajemploi, gérer des congés payés et, le jour venu, respecter une procédure de rupture avec préavis et indemnités. Rien d'insurmontable, mais ce sont de vraies obligations, avec de vraies conséquences en cas d'erreur.
Comment trancher
Si vos horaires sont irréguliers, si votre enfant est très jeune, ou si vous cherchez un cadre calme avec une référente unique, l'accueil individuel répond mieux. Si vous avez besoin d'une continuité sans faille, si vous ne souhaitez pas devenir employeur, ou si votre enfant profitera d'un grand groupe, la crèche est plus adaptée. Sur le coût seul, la réponse dépend désormais moins du mode d'accueil que du tarif horaire que vous négociez : c'est lui, et non l'étiquette, qui décide de votre reste à charge.
